« L’École des femmes » : Agnès ou la naissance d’une liberté
C’est l’histoire d’une journée dans la demeure d’Arnolphe.
Ce jour-là le tuteur décide d’épouser la jeune fille qu’il tient enfermée.
Mais voilà que celle-ci se prend, depuis son balcon, à découvrir le monde…
Ce jour sera aussi celui où la prisonnière, amoureuse, quittera son geôlier.
Avec L’École des femmes Frédérique Lazarini reprend le fil de son hommage aux héroïnes qui résistent, ou s’affranchissent… et interroge le destin d’Agnès, confiée à Arnolphe alors qu’elle n’avait que quatre ans et élevée dans un couvent.
Dans sa chambre d’enfant aux parois de verre, la pupille n’a jamais été bercée que par un discours unique et son éducation s’est construite sur les seuls préceptes de son protecteur, jaloux et possessif. Constamment surveillée, maintenue sous dépendance, celle qui un jour se confronte au dehors (et à l’amour) a atteint l’âge des bouleversements du corps et des émois du cœur, mais souffre de la naïveté extrême qu’on a soigneusement entretenue en son esprit.
Pourtant, sous l’étoffe de son innocence, chrysalide qui peu à peu se craquelle, Agnès, devenant presque hardie, se tient au seuil de sa métamorphose, prête à exister… et son épanouissement soudain et irréductible entraîne Arnolphe dans une descente aux enfers.
Cette école des femmes questionnera notre monde. Un monde où les Arnolphe sont en principe punis, où les jeunes filles pensent suivre leurs propres inclinations, où les jeunes gens semblent si libres… Un monde où, comme en tout monde, les transports amoureux de ces êtres, qui mutuellement se cherchent, se trouvent, sont inaliénables.
Et où l’amour et le rire sont parfois sans pitié.
Une nouvelle lecture de l’œuvre de Molière, limpide et organique, vivante et visuelle, séduisante et subversive !
L'opinion de la luciole
Il y a des classiques que l’on connaît, que l’on croit parfois connaître par cœur, et qui trouvent pourtant une résonance nouvelle lorsqu’ils passent entre les mains d’un metteur en scène. Avec L’École des femmes, Frédérique Lazarini pose un regard résolument contemporain sur la pièce de Molière, en plaçant au centre du récit celle que l’on a trop longtemps voulu maintenir dans l’ombre : Agnès.
Tout se joue en une journée. Arnolphe a un projet bien précis : épouser la jeune fille qu’il a lui-même façonnée pour devenir la femme idéale à ses yeux. Confiée à ses soins dès l’enfance, élevée loin du monde et maintenue dans l’ignorance, Agnès a grandi sous son contrôle permanent. Mais il suffit parfois d’un regard posé au-delà d’un balcon pour que tout un monde s’ouvre. La rencontre avec Horace et la découverte du sentiment amoureux vont peu à peu faire vaciller la prison construite autour d’elle.
Dans cette mise en scène, la chambre aux parois de verre devient une image particulièrement forte de l’enfermement d’Agnès. Elle est là, visible de tous, mais coupée du monde extérieur. Un espace qui raconte autant la protection revendiquée par Arnolphe que son besoin maladif de contrôle.
Ce qui passionne ici, c’est la métamorphose progressive de la jeune femme. D’abord naïve, presque enfantine, Agnès découvre ses propres désirs, apprend à penser par elle-même et finit par s’affranchir de celui qui pensait pouvoir décider de son existence. Cette évolution donne au texte de Molière une étonnante modernité et fait apparaître, derrière la comédie, des questions très actuelles autour de l’emprise, de l’éducation et de la liberté des femmes.
Face à elle, Arnolphe devient un personnage plus complexe qu’un simple homme ridicule trompé par ses propres certitudes. Sa jalousie et sa possessivité peuvent faire rire, mais elles deviennent également inquiétantes à mesure qu’il comprend qu’Agnès lui échappe. Plus elle s’éveille, plus son monde à lui s’effondre.
La mise en scène de Frédérique Lazarini réussit ainsi à conserver toute la force comique de Molière sans occulter la violence du rapport qui unit les deux personnages. Le rire est bien présent, mais il se teinte parfois d’un certain malaise, donnant une profondeur supplémentaire à cette relecture.
Cette École des femmes est finalement l’histoire d’une émancipation. Celle d’une jeune fille que l’on pensait pouvoir modeler et enfermer, mais qui découvre que ses sentiments et sa liberté lui appartiennent. Une lecture vivante et visuelle de Molière, qui rappelle avec beaucoup de justesse que les textes classiques ont encore énormément à nous dire sur notre époque.
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